Quels sont les 37 ponts de Paris ?
Vous avez traversé la Seine des dizaines de fois sans jamais lever les yeux. Nous le faisons tous, pressés, le regard rivé sur le trottoir d’en face. Et pourtant, sous vos pieds, il y a une histoire précise, un chiffre exact : 37 ponts enjambent le fleuve à l’intérieur de Paris, pas un de plus, pas un de moins. Ce chiffre revient partout, mais rarement expliqué. D’où vient-il ? Que recouvre-t-il vraiment ? Nous avons voulu descendre le fleuve d’un bout à l’autre, du premier pont qui accueille la Seine dans la capitale jusqu’au dernier qui la laisse filer vers l’aval, pour vous raconter ce que ces 37 passages ont de commun et ce qui les rend, chacun, irremplaçable. Vous allez croiser des ponts dorés à l’or fin, d’autres qu’on ne remarque jamais, un vers d’Apollinaire, des espions de la guerre froide et une statue qui sert d’alarme aux crues depuis un siècle et demi.
Paris a-t-elle vraiment 37 ponts, ou beaucoup plus ?
Voici la confusion qu’on lit presque partout sans qu’elle soit jamais tranchée : Paris compte en réalité 336 ponts et passerelles sur son territoire, si l’on additionne les ouvrages qui franchissent les canaux, les voies ferrées, le périphérique ou les lignes de métro à l’air libre. Mais quand on parle des ponts de Paris au sens propre, ceux qui traversent la Seine elle-même sur les 13 kilomètres où le fleuve coupe la ville en deux, il n’en reste que 37. Nous avons choisi de nous en tenir à ces 37-là, parce que c’est cette liste précise que tout le monde cherche sans jamais la trouver complète.
Sur ces 37 ouvrages, 5 sont réservés aux piétons, 2 sont de purs ponts ferroviaires et 2 autres combinent une voie ferrée et une voie de circulation sur des niveaux distincts. Quatre relient l’île Saint-Louis à la terre ferme, huit touchent l’île de la Cité. Le tableau qui suit vous donne une vue d’ensemble avant que nous ne partions à pied, ou plutôt au fil de l’eau, à la rencontre de chacun.
| Pont | Période de construction | Liaison | Particularité |
|---|---|---|---|
| Pont Amont | 1969 | Périphérique | Entrée de la Seine dans Paris |
| Pont National | 1853, refait en 1944 | 12e / 13e | Route et rail |
| Pont de Tolbiac | 1882 | 13e | Quartier BnF |
| Passerelle Simone-de-Beauvoir | 2006 | Piétons | Double courbe en bois |
| Pont de Bercy | 1864, étage métro 1904 | Route et métro | Deux niveaux |
| Pont Charles-de-Gaulle | 1996 | 12e / 13e | Dernier pont routier |
| Viaduc d’Austerlitz | 1904 | Métro ligne 5 | Structure hélicoïdale |
| Pont d’Austerlitz | 1855 | 5e / 12e | Face au Jardin des Plantes |
| Pont de Sully | 1876 | Île Saint-Louis | Remplace deux passerelles disparues |
| Pont de la Tournelle | 1620, refait en 1928 | Île Saint-Louis | Statue de sainte Geneviève |
| Pont Marie | 1635 | Île Saint-Louis | Urbanisation de l’île |
| Pont Louis-Philippe | 1862 | Île Saint-Louis | Transition vers le Marais |
| Pont Saint-Louis | 1970 | Piétons, Cité / Saint-Louis | Musiciens de rue |
| Pont de l’Archevêché | 1828 | Île de la Cité | Pont routier le plus étroit |
| Pont au Double | 1883 | Île de la Cité | Fermé à la circulation |
| Pont d’Arcole | 1856 | Île de la Cité | Premier pont en fer de Paris |
| Petit-Pont-Cardinal-Lustiger | 1853 | Île de la Cité | Emplacement gallo-romain |
| Pont Notre-Dame | 1919 | Île de la Cité | Ancien axe commercial |
| Pont Saint-Michel | 1857 | Île de la Cité | Face au Quartier latin |
| Pont au Change | 1860 | Île de la Cité | Ancien quartier des changeurs |
| Pont Neuf | 1578-1607 | Île de la Cité | Le plus ancien pont de Paris |
| Pont des Arts | 1804, refait en 1984 | Piétons | Ancien pont des cadenas |
| Pont du Carrousel | 1939 | Face au Louvre | Statues allégoriques |
| Pont Royal | 1689 | 1er / 7e | Ancien lieu de fêtes royales |
| Passerelle Léopold-Sédar-Senghor | 1999 | Piétons | Hommage à un poète et président |
| Pont de la Concorde | 1791 | 1er / 7e | Bâti avec les pierres de la Bastille |
| Pont Alexandre III | 1900 | 7e / 8e | Sculptures dorées |
| Pont des Invalides | 1855 | 7e / 8e | Face à l’esplanade des Invalides |
| Pont de l’Alma | 1856, refait en 1974 | 7e / 8e | Statue du zouave |
| Passerelle Debilly | 1900 | Piétons | Ancien point de rendez-vous d’espions |
| Pont d’Iéna | 1814 | 7e / 16e | Face à la Tour Eiffel |
| Pont de Bir-Hakeim | 1905 | Route, piétons et métro | Structure à trois niveaux |
| Pont Rouelle | 1900 | RER C | Le plus discret des 37 |
| Pont de Grenelle | 1966 | 15e / 16e | Face à la mini statue de la Liberté |
| Pont Mirabeau | 1896 | 15e / 16e | Immortalisé par Apollinaire |
| Pont du Garigliano | 1966 | 15e / 16e | Remplace l’ancien viaduc du Point-du-Jour |
| Pont Aval | 1969 | Périphérique | Sortie de la Seine hors de Paris |
Pont Amont, l’entrée discrète de la Seine dans Paris
Personne ne prend de photo du pont Amont. Il porte le boulevard périphérique, marque l’endroit précis où la Seine pénètre dans la capitale, et des milliers de voitures le franchissent chaque jour sans que leurs conducteurs sachent même qu’ils viennent de passer un pont. C’est un comble pour l’ouvrage qui ouvre la liste des 37, mais nous trouvons que ce contraste dit beaucoup de la ville : Paris cultive ses vitrines dorées tout en oubliant ses coulisses fonctionnelles.
Pont National, le passage oublié entre le 12e et le 13e
Un peu plus loin, le pont National relie le 12e au 13e arrondissement depuis le milieu du 19e siècle. Il porte à la fois la route et une ligne ferroviaire, mais il n’attire ni touristes ni photographes. Comparé aux stars du centre-ville qu’on va bientôt croiser, il fait figure de travailleur de l’ombre, celui qu’on emprunte sans jamais se demander comment il s’appelle.
Pont de Tolbiac, au cœur du renouveau du 13e arrondissement
En descendant le fleuve, on arrive au pont de Tolbiac, achevé en 1882 et longtemps resté dans l’anonymat du 13e arrondissement industriel. Depuis l’arrivée de la Bibliothèque nationale de France et la transformation du quartier de Bercy-Tolbiac, il a retrouvé un peu de passage sans jamais devenir un monument qu’on vient chercher. Restons honnêtes : ce pont sert, il ne séduit pas, et c’est très bien ainsi.
Passerelle Simone-de-Beauvoir, le dernier pont né à Paris
Inaugurée en 2006, la passerelle Simone-de-Beauvoir est le tout dernier pont construit dans la capitale. Sa double courbe en bois, unique parmi les 37, relie la BnF François-Mitterrand au parc de Bercy en formant un huit allongé au-dessus de l’eau. Le choix du nom rend hommage à l’écrivaine et philosophe féministe, une manière assez rare de faire entrer une pensée dans l’architecture d’un pont.
Le soir, le quartier autour s’anime : cinémas, cafés, la Cour Saint-Émilion à deux pas. Nous trouvons que cette passerelle porte, mieux que n’importe quel autre pont récent, l’idée qu’un ouvrage utilitaire peut aussi raconter une histoire.
Pont de Bercy, quand le métro et les voitures se superposent
Juste après, le pont de Bercy empile deux usages sur deux étages : la ligne 6 du métro roule au-dessus, les voitures circulent en dessous, sur une base en pierre datant de 1864. Cette superposition ne fait pas de bruit, elle fonctionne, tout simplement, depuis plus d’un siècle. On y voit une forme d’ingéniosité parisienne qui n’a jamais eu besoin de se mettre en scène pour être efficace.
Pont Charles-de-Gaulle, le petit dernier des ponts routiers
Ouvert en 1996, le pont Charles-de-Gaulle est le dernier pont routier construit à Paris, avec son architecture en acier blanc pensée pour dialoguer avec le Bercy moderne et la Bibliothèque nationale. Nous avouons une préférence marquée pour les ponts de pierre du centre historique, mais celui-ci a le mérite de la franchise : il ne cherche pas à imiter le passé, il assume son époque, aile fine posée sur le fleuve comme un trait de crayon.
Viaduc d’Austerlitz, l’ouvrage hélicoïdal que personne ne remarque
Le viaduc d’Austerlitz porte la ligne 5 du métro et se prolonge côté rive droite par le viaduc du quai de la Rapée. Sa structure est dite hélicoïdale, c’est à dire qu’elle s’enroule légèrement sur elle-même pour absorber la courbe de la voie ferrée, un peu comme un ruban qu’on tordrait sans le casser. Les rames y passent toutes les quelques minutes, et pourtant, à pied sur les quais, presque personne ne lève les yeux pour la regarder.
Pont d’Austerlitz, à l’ombre de la gare
Juste à côté, le pont d’Austerlitz relie la gare du même nom au Jardin des Plantes. Il n’a rien du monument qu’on vient photographier, c’est un simple passage entre deux mondes, celui des trains et celui des serres botaniques. Sa discrétion tranche nettement avec ce qui nous attend un peu plus loin, autour de l’île Saint-Louis.
Pont de Sully, la porte de l’île Saint-Louis côté est
Le pont de Sully traverse la pointe est de l’île Saint-Louis et a été reconstruit en pierre au 19e siècle. Ce que presque aucun article ne mentionne, c’est qu’il a remplacé deux anciennes passerelles suspendues aujourd’hui disparues, celles de Constantine et de Damiette, effondrées puis jamais rebâties. Ces noms ne veulent plus rien dire pour personne, et c’est justement ce qui nous fascine : combien de ponts ont existé à cet endroit précis avant celui que vous traversez aujourd’hui ?
Pont de la Tournelle, celui qui a survécu à tout
Voici un pont qui a une vraie vie mouvementée. En bois dès 1620, détruit deux fois par les crues, reconstruit en pierre en 1654, puis rebâti dans sa forme actuelle en 1928, le pont de la Tournelle porte à son sommet une statue de sainte Geneviève, patronne de Paris, qui surplombe la circulation depuis près d’un siècle. Détail amusant que peu de guides relèvent : la série Highlander y a tourné plusieurs scènes dans les années 1990, transformant ce pont discret en décor de fantasy urbaine sans que grand monde s’en souvienne.
Pont Marie, hérité de l’urbanisation de l’île Saint-Louis
Construit au 17e siècle pour accompagner le développement de l’île Saint-Louis, le pont Marie relie l’île à la rive droite dans une ambiance résidentielle, presque provinciale. Ici, pas de foule ni de photographes en quête du cliché parfait, juste des habitants qui traversent, un vélo à la main, dans un des coins les plus paisibles de tout Paris.
Pont Louis-Philippe, discret mais essentiel
À l’extrémité nord-ouest de l’île Saint-Louis, le pont Louis-Philippe assure la transition entre le calme de l’île et l’effervescence du Marais tout proche. Ce pont ne cherche rien, il relie deux ambiances totalement différentes en quelques mètres, ce qui en fait, à notre sens, un des passages les plus sous-estimés de la capitale.
Pont Saint-Louis, la scène à ciel ouvert de Paris
Seul pont piéton reliant l’île de la Cité à l’île Saint-Louis, le pont Saint-Louis se transforme dès les beaux jours en scène improvisée : musiciens de rue, magiciens, parfois même des spectacles de danse, juste derrière Notre-Dame. Nous y sommes passés un soir d’été où un violoniste jouait pour trois passants et deux pigeons, sans micro, sans public prévu, et pourtant ce moment valait plus que bien des concerts payants.
Pont de l’Archevêché, le plus étroit de la Seine
Le pont de l’Archevêché détient un record qu’on cite rarement avec précision : 11 mètres de large seulement, dont 2 mètres réservés aux piétons, ce qui en fait le pont routier le plus étroit de toute la Seine parisienne. Depuis que le pont des Arts a été débarrassé de ses cadenas, une partie des amoureux s’est reportée ici, transformant discrètement ses grilles en second sanctuaire du serment éternel.
Pont au Double, celui qu’on ne peut plus vraiment traverser
Situé près du square René-Viviani, à deux pas de Notre-Dame, le pont au Double est aujourd’hui interdit à la circulation motorisée. Voilà un paradoxe qui nous plaît : un pont qu’on regarde plus qu’on ne le traverse, réduit au rang de balcon sur la cathédrale plutôt que de véritable passage.
Pont d’Arcole, face à l’Hôtel de Ville
Le pont d’Arcole relie l’île de la Cité à l’Hôtel de Ville et fut, en 1856, le premier pont entièrement en fer construit à Paris, une prouesse technique pour l’époque. Des milliers de Parisiens le traversent chaque jour pour rejoindre leur bureau ou le métro, sans savoir qu’ils marchent sur une pièce d’histoire industrielle française.
Petit-Pont-Cardinal-Lustiger, l’héritier du plus vieux passage de Paris
Voici sans doute le fait le plus fort de tout cet article. Construit en 1853, le Petit-Pont-Cardinal-Lustiger occupe l’emplacement exact du Petit Pont datant de l’époque gallo-romaine, détruit et reconstruit d’innombrables fois au fil des siècles par les crues, les incendies et les guerres. Autrement dit, on traverse la Seine à cet endroit précis depuis que Lutèce existe. Aucune plaque touristique ne le crie sur les toits, et pourtant c’est probablement le lieu de passage le plus ancien de toute la capitale.
Pont Notre-Dame, au pied de la cathédrale
Le pont Notre-Dame, situé près de la place Louis-Lépine, fut longtemps un axe commercial majeur, bordé de maisons et de boutiques avant que Louis XVI n’interdise ce type de construction sur les ponts pour des raisons de sécurité. Il a perdu ce statut marchand depuis longtemps, réduit aujourd’hui à un simple passage entre deux rives animées.
Pont Saint-Michel, entre Cité et Quartier latin
Le pont Saint-Michel ouvre directement sur la place du même nom, cœur battant de la vie étudiante du Quartier latin. Le contraste avec le calme feutré de l’île de la Cité, juste en face, est saisissant : d’un côté les terrasses bondées et les librairies, de l’autre le silence institutionnel du Palais de Justice.
Pont au Change, face à la Conciergerie
Entre la Conciergerie et la fontaine du Châtelet, le pont au Change tire son nom des anciens changeurs de monnaie qui y exerçaient leur commerce au Moyen Âge. Le nom a survécu bien après que l’activité a disparu, ce qui arrive souvent à Paris : les métiers s’effacent, les mots restent gravés dans la géographie de la ville.
Pont Neuf, le plus vieux pont de Paris malgré son nom
On arrive ici au pont le plus emblématique de tous, et son nom est une farce qui dure depuis quatre siècles. Construit entre 1578 et 1607, le Pont Neuf est en réalité le plus ancien pont de Paris encore debout. À l’époque, il portait ce nom parce qu’il rompait avec la tradition : premier pont sans maisons, doté de trottoirs, une vraie révolution urbaine pour les Parisiens du 17e siècle.
Une statue d’Henri IV sépare ses deux travées légèrement désalignées, et 381 mascarons, ces visages grotesques sculptés sur les consoles de pierre, veillent encore sur les passants. Nous trouvons presque comique que le pont le plus vieux de la capitale porte, sans complexe, le mot neuf dans son nom depuis plus de quatre cents ans.
Pont des Arts, entre romance affichée et réalité plus dure
Premier pont métallique de Paris, construit entre 1801 et 1804, le pont des Arts relie le Louvre à l’Institut de France. Vous connaissez son surnom de pont des amoureux, mais voici ce qu’on raconte moins souvent : en 2015, ses grilles supportaient le poids de plus de 700 000 cadenas, l’équivalent d’une vingtaine d’éléphants accrochés à une passerelle piétonne. Des pans entiers de métal ont fini par s’effriter sous cette masse, forçant la mairie à tout retirer par sécurité.
Nous avons toujours trouvé ce mythe romantique un peu forcé, presque commercial. Un cadenas ne scelle pas un amour, il abîme un patrimoine, et Paris a fini par le comprendre à ses dépens.
Pont du Carrousel, entre Louvre et rive gauche
Dans l’axe direct du musée du Louvre, le pont du Carrousel, reconstruit en 1939, reste plus fonctionnel qu’iconique. Il offre une belle perspective sur le musée d’Orsay, mais il ne cherche pas la lumière, contrairement à son voisin des Arts qui capte tous les regards.
Pont Royal, l’ancien haut lieu de fête de Louis XIV
Construit sous le règne de Louis XIV à la fin du 17e siècle, le pont Royal reliait à l’époque un lieu de festivités royales, entre le quai Anatole-France et le jardin des Tuileries. Aujourd’hui, il n’est plus qu’un point de passage tranquille vers les Tuileries, loin de l’agitation qu’il connaissait sous l’Ancien Régime. Les pierres se souviennent, les usages, eux, changent radicalement.
Passerelle Léopold-Sédar-Senghor, l’héritière d’un pont disparu
Cette passerelle piétonne remplace l’ancienne passerelle de Solférino, détruite en 1992, reconstruite en 1999 puis renommée en 2006 en hommage à Léopold Sédar Senghor, ancien président du Sénégal et poète majeur de la langue française. Ses courbes en bois attirent les photographes autant que les promeneurs venus profiter de la brise du fleuve entre le Louvre et les Tuileries.
Pont de la Concorde, bâti avec les pierres de la Bastille
Voici un détail qui devrait figurer dans tous les manuels d’histoire, et qu’on croise pourtant rarement : le pont de la Concorde a été construit en 1791 avec les pierres de la Bastille démolie pendant la Révolution française, entre la place de la Concorde et le quai d’Orsay. Un symbole politique coulé littéralement dans la pierre. Aujourd’hui, cet axe compte parmi les plus circulés de toute la capitale, loin de toute intention révolutionnaire.
Pont Alexandre III, le plus doré des ponts de Paris
Inauguré en 1900 pour l’Exposition universelle, le pont Alexandre III relie les Invalides au Grand Palais dans un déploiement de sculptures dorées, angelots, nymphes et monstres marins qui transforment chaque traversée en visite de musée à ciel ouvert. Ses quatre pylônes couronnés de statues des Renommées s’élèvent à 17 mètres au-dessus de la Seine.
Beaucoup le désignent comme le plus beau pont de la ville, et nous partageons cet avis sans réserve : aucun autre ouvrage parisien n’assume un tel excès décoratif avec autant d’élégance. C’est un pont qui n’a peur de rien, ni du kitsch, ni de la démesure.
Pont des Invalides, dans l’ombre du dôme doré
Face à l’esplanade des Invalides, ce pont occupe une position stratégique entre la rive gauche institutionnelle et la rive droite des Champs-Élysées. Il vit un peu dans l’ombre du dôme doré tout proche, sans jamais chercher à rivaliser avec le faste de son voisin Alexandre III.
Pont de l’Alma, entre mémoire et zouave
Sous le pont de l’Alma, reconstruit entre 1970 et 1974, se dresse la statue du zouave, qui sert depuis plus d’un siècle et demi de repère aux Parisiens pour évaluer la montée des eaux lors des crues de la Seine. À quelques mètres, le mémorial de la Flamme de la Liberté est devenu, malgré lui, un lieu de recueillement pour les admirateurs de Lady Diana depuis l’accident de 1997 survenu dans le tunnel voisin. Ce pont porte deux mémoires très différentes, l’une hydrologique, l’autre profondément humaine, et les deux cohabitent sans jamais se mélanger.
Passerelle Debilly, le pont des espions
Ce pont piéton tout proche de la Tour Eiffel a une réputation romantique méritée, on vient y admirer les couchers de soleil. Mais voici ce que les guides touristiques omettent presque systématiquement : après la chute du mur de Berlin en 1989, on a découvert que cette passerelle avait servi de point de rendez-vous à des espions est-allemands. Difficile d’imaginer plus grand écart entre l’image actuelle et l’histoire réelle du lieu.
Pont d’Iéna, la révérence à Napoléon face à la Tour Eiffel
Nommé par Napoléon en 1814 en souvenir de sa victoire de 1807, le pont d’Iéna est orné d’aigles impériaux et de quatre statues de guerriers, gaulois, romain, arabe et grec, montées sur ses pylônes. Les amateurs de James Bond reconnaîtront peut-être ses marches, filmées dans une scène de poursuite en taxi dans un film de la franchise. Napoléon voulait ici affirmer une gloire militaire, il a fini par offrir aux touristes le meilleur point de vue possible sur la Tour Eiffel.
Pont de Bir-Hakeim, le pont à trois vitesses
Structure unique parmi les 37, le pont de Bir-Hakeim combine trois usages sur plusieurs niveaux : le métro de la ligne 6, les piétons et les véhicules. Le couloir formé sous la voie ferrée donne lieu à une promenade presque mystique, souvent utilisée au cinéma, notamment dans Inception, pour sa vue imprenable sur la Tour Eiffel. On sent, en le traversant, qu’on marche dans un décor de film sans avoir eu besoin d’y être invité.
Pont Rouelle, le viaduc que personne ne cite jamais
Voici sans doute le plus anonyme des 37 ponts. Ce viaduc ferroviaire du RER C traverse l’île aux Cygnes sans figurer dans le moindre guide touristique. Son existence même prouve une chose simple : dire que Paris compte 37 ponts ne veut pas dire que ces 37 ponts sont tous des attractions. Certains ne sont que des outils, discrets et efficaces, et c’est très bien ainsi.
Pont de Grenelle, gardien de la mini statue de la Liberté
Ce pont traverse l’île aux Cygnes à quelques mètres seulement de la réplique parisienne de la Statue de la Liberté, un détail que beaucoup de visiteurs découvrent par hasard plutôt que par un guide. Reconstruit en 1966, il relie le 15e au 16e arrondissement dans une relative discrétion, malgré ce voisinage new-yorkais improbable en plein Paris.
Pont Mirabeau, celui qu’Apollinaire a rendu éternel
« Sous le pont Mirabeau coule la Seine. » Ce vers a fait plus pour la notoriété de ce pont métallique construit en 1896 que n’importe quelle campagne touristique. Apollinaire a transformé un ouvrage assez classique, orné de quatre statues allégoriques, en symbole poétique durable. Nous trouvons fascinant qu’un simple poème puisse littéralement sauver un pont de l’oubli collectif, alors que des ouvrages bien plus travaillés sur le plan architectural restent, eux, totalement anonymes.
Pont du Garigliano, l’ancien viaduc du Point-du-Jour
Le pont du Garigliano, construit entre 1963 et 1966, a remplacé l’ancien viaduc d’Auteuil, aussi appelé viaduc du Point-du-Jour, achevé en 1865 et démoli après avoir subi les tirs de l’artillerie prussienne pendant le siège de Paris. Plus récent et bien moins connu que ses voisins du centre, il marque la frontière ouest de la Seine intra-muros.
Pont Aval, la sortie silencieuse de la Seine parisienne
Nous voici au dernier des 37, celui qui fait écho au premier. Emprunté par le boulevard périphérique, le pont Aval marque l’endroit où la Seine quitte Paris, tout comme le pont Amont marquait son entrée. Entre les deux, treize kilomètres de fleuve, trente-cinq autres ouvrages, et une ville entière construite autour de ces passages qu’on ne regarde jamais assez.
Ce que 37 ponts racontent de Paris qu’aucune carte ne montre
Un pont, pris isolément, n’est qu’une pièce d’ingénierie. Trente-sept mis côte à côte, dans l’ordre exact où la Seine les rencontre, deviennent quelque chose de plus grand : une colonne vertébrale. Ce n’est pas une collection de monuments qu’on cocherait un par un sur une liste touristique, c’est une continuité, un fil qui tient la ville debout depuis l’époque gallo-romaine jusqu’à la passerelle inaugurée en 2006.
Nous avons commencé cet article par un vertige, celui de traverser sans voir. Nous le terminons par une conviction : Paris ne tient pas seulement grâce à ses monuments dressés vers le ciel, elle tient aussi, et peut-être surtout, grâce à ces 37 traits d’union posés à l’horizontale sur son fleuve.








